La nature sous observation poétique

Pendant plus de trois décennies, Sophie Thibault a occupé le rôle de témoin du monde sur nos écrans de télévision, en livrant chaque soir l’essentiel de l’actualité au cœur de nos foyers. Aujourd’hui, affranchie des contraintes de l’antenne, elle se consacre à sa passion pour la photo.

Avec la découverte de son récent livre « Photosensible », un recueil de ses différents regards posés poétiquement sur le vivant, nous avons souhaité parler avec Sophie Thibault de son art photographique et de ce qui l’émeut profondément. Car depuis treize ans, loin des projecteurs, elle tisse un dialogue patient avec la nature, qu’elle capture en images avec tendresse, humilité et maîtrise.

« Être libre de créer, de s’extasier, de communiquer par l’image. » – Sophie Thibault

Source : Sophie Thibault. Papillon. Costa Rica 2025.

C’est au cœur d’un été lumineux que nous avons eu le privilège de la rencontrer. Elle venait tout juste de déposer ses valises, à peine revenue d’un séjour en famille au Costa Rica, pour marquer le nouveau rythme de cette retraite récemment entamée.

Elle nous a partagé alors, avec un sourire encore imprégné de soleil et de sel, un petit bout de son bonheur tropical : « Plage, mojitos, soupers de poissons et fruits de mer, pickleball, piscine, découvertes de la faune et de la flore. Le Costa Rica, quel incroyable terrain de jeux! »

Exploratrice sensible, elle trouve dans ces contrées luxuriantes un terreau fertile pour sa lentille en quête de scènes animalières fulgurantes de beauté.

Sa photographie est une respiration. Un retour à l’essentiel

Pas de fioritures, pas de constructions visuelles purement technique : juste la vérité d’un instant, d’un regard animal, d’une lueur à la surface d’un étang.

C’est dans le fragile, le fugace, le non-dit que s’inscrit sa signature. Chaque cliché devient un poème visuel, chargé de silence, de patience, et d’admiration profonde.

« Le vivant est mon sujet de prédilection. » – Sophie Thibault

Source : Sophie Thibault. Iguane attentive. Costa Rica 2025.

Oiseaux, gardiens du ciel

Source : Sophie Thibault

Les oiseaux occupent une place centrale dans son univers. Chouettes laponnes, grands hérons, canards migrateurs, pygargues à tête blanche, colibri… elle les observe, les attend, les photographie sans jamais les déranger.

Grâce à une lentille puissante et une discrétion bienveillante, elle réussit à immortaliser des scènes d’une intimité bouleversante.

La lumière comme terrain de jeu

Sophie photographie au rythme du soleil. Elle privilégie les heures dorées, lorsque la lumière effleure, adoucit, dévoile. L’aube, le crépuscule, les jours brumeux, les reflets changeants : elle ne capture pas seulement un sujet, mais l’atmosphère qui l’entoure.

Ses images témoignent d’un regard rare : un regard qui ne s’impose pas, mais qui reçoit.

Source : Sophie Thibault. Crédit Photo : René Bourque

Des lieux choisis, empreints de sens

Qu’elle soit au refuge faunique Marguerite-D’Youville, sur l’île Saint-Bernard à Châteauguay, dans les sentiers du Marais de la Rivière-aux-Cerises à Magog ou sur les berges du Richelieu, Sophie ne photographie jamais un endroit au hasard. Elle choisit des lieux habités de mémoire, chargés de présence.

À Châteauguay, où elle est porte-parole d’Héritage Saint-Bernard, elle ressent encore l’empreinte des Sœurs grises dans les bois du refuge. À Magog, elle revient en pèlerine, retrouvant les échos de son adolescence près de l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac, là où son père louait un chalet. Ces territoires sont devenus des toiles de fond pour ses explorations visuelles, véritables refuges pour l’âme autant que pour le regard.

« Figer l’instant, rechercher la plus belle lumière. » – Sophie Thibault

Source : Sophie Thibault. Le vol de l’aigrette.

Transmettre, pour la première fois

En juin dernier, Sophie a donnée un premier atelier photo, et pas n’importe où : sur l’Île aux Lièvres, joyau du fleuve Saint-Laurent, en partenariat avec ses chers amis de la Fondation Duvetnor, première entreprise écotouristique du Québec.

« J’ai partagé ce que j’ai appris en treize ans de pratique intense. Mes techniques, mes échecs, mes émerveillements. C’était naturel, presque nécessaire. » – Sophie Thibault

Là-bas, entre ciel changeant, rivages battus par le vent et cris d’oiseaux marins, elle a transmis un art de vivre autant qu’un savoir-faire. Car chez elle, la photographie n’est pas une approche exclusivement technique : c’est une manière d’habiter le monde.

Source : Sophie Thibault, Île aux Lièvres 2025. Parmi ses 400 images rapportées de l’atelier-photo avec Société Duvetnor, une de ses préférées: un trio de Goélands argentés juvéniles.
Source : Sophie Thibault. Aurore Prometteuse. Île aux Lièvres.

Voir, ressentir, protéger

Loin de la surenchère visuelle, la photographie de Sophie Thibault est une invitation à ralentir. À ressentir. À contempler. Ce qu’elle capte, ce sont des fragments d’éternité dans un monde éphémère. Un papillon qui butine une fleur colorée. Un canard en vol. Un rayon de soleil entre deux averses. De l’émotion pure, sans bruit.

Porte-parole de causes environnementales, présidente d’honneur de campagnes de sensibilisation, Sophie Thibault est une véritable ambassadrice d’un regard éthique sur la nature.

Photosensible

Le titre de son récent livre dit tout : « Photosensible ». Oui, elle l’est. Sensible à la lumière, à l’instant, au souffle du vivant. À ce qui passe et qu’il faut savoir saisir sans le brusquer. Ce recueil d’images, d’histoires et de réflexions est le prolongement de sa quête, une trace offerte, sincère, à ceux et celles qui, comme elle, veulent apprendre à voir autrement.

Source : Les Éditions de l’Homme

La photographie de Sophie Thibault invite à ralentir. À ressentir. À ouvrir les yeux tout grand. Ce qu’elle capte avec son appareil, c’est aussi ce que l’on oublie trop souvent de voir : la beauté du simple, la noblesse du vivant, l’éphémère suspendu. Retrouvez son univers sur son site.