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On va se le dire franchement : jardiner comme si c’était l’année 1972, ce n’est pas simplement dépassé — cela a des conséquences pour la planète, pour la santé, pour la biodiversité.
On n’est plus dans les années 70
Mononc’ , on t’aime, mais ton gazon parfait, ta pelouse traitée aux engrais chimiques, ton désherbant en spray… ça commence à ressembler à une déclaration de guerre contre le vivant.
Tu crois que t’entretiens ton terrain ? En réalité, tu participes à une approche nuisible et polluante qui affecte la vie de tous; oui, aussi celle de tes enfants et de tes petits-enfants !
Le gazon : symbole de contrôle, d’ordre et… de destruction
Le saviez-vous ? Le gazon est un héritage colonial des aristocrates européens qui voulaient montrer qu’ils étaient assez riches pour avoir un terrain qui ne produisait rien. Ceci est devenu le symbole du propriétaire modèle : celui qui contrôle la nature, qui tond, qui traite, qui arrose, qui « gère ».
Cependant nous n’avons plus le luxe de nous permettre cette esthétique du contrôle. En 2025, chaque mètre carré de sol doit être un refuge pour le vivant et non plus un décor stérile.

Stop au jardinage irréfléchi
Les désherbants qui ravagent le sol, les systèmes d’irrigation qui tournent en boucle en pleine canicule, les engrais chimiques qui suralimentent les plantes tout en appauvrissant les micro-organismes du sol : tout ça, c’est du passé. Ce n’est pas une mode écolo bobo, c’est une urgence écologique. Les pollinisateurs désertent, les sols s’épuisent, la biodiversité s’effondre.

Le jardinage par soustraction : résistance douce, écologie active
À l’opposé de ces actions destructrices, il existe une autre manière de jardiner : le jardinage par soustraction. Un acte biologique, écologique, poétique même. Il s’agit de ne pas intervenir inutilement, d’observer, d’attendre, de comprendre, de respecter le rythme du vivant. Désherber? Oui mais en enlevant seulement ce qui nuit réellement à une autre plante. Laissons les herbes vagabondes. Remplaçons la pelouse par une prairie fleurie. C’est logique.
On les appelait « mauvaises herbes ». Aujourd’hui, on préfère dire adventices — celles qui adviennent. C’est plus juste. Et souvent, en prenant le temps de les observer, on découvre qu’elles ont un rôle. Un pissenlit dans un sol dur c’est le début d’un sol bien vivant. Une ortie au fond du potager, c’est le garde-manger d’insectes pollinisateurs.
La vie, au jardin est mouvement
Jardiner, ce n’est pas imposer une forme. C’est composer avec le lieu, accompagner sans dominer, retrancher pour révéler, faire émerger une forme qu’on perçoit déjà présente.
Place au jardin mouvant
Les jardiniers et jardinières d’aujourd’hui, les jeunes comme les plus sages, s’inspirent du jardin en mouvement : un espace où l’on accepte que les plantes se déplacent, qu’elles s’invitent là où on ne les attendait pas, qu’elles vivent, meurent et repoussent ailleurs. Un coquelicot parmi les salades ? on le laisse. Une friche qui bourdonne de vie ? On l’observe. Vous verrez : le chaos apparent cache souvent une harmonie bien plus riche que les rangs bien alignés.

Déstructuration et observation
La diversité est une richesse, même au potager et au jardin. Le potager peut accueillir bien plus que des aliments. Il devient un lieu de compagnonnages entre végétaux, où les herbes spontanées peuvent servir d’abris à des insectes utiles, de régulateurs naturels. L’idée du potager géométrique, avec ses lignes bien tracées, s’efface au profit d’un espace mouvant, vivant, où la forme suit la fonction écologique.
Dans cette vision, le potager devient un lieu d’écoute, de surprises et d’équilibres changeants. On peut très bien y accepter une part de « désordre » apparent, une cacophonie végétale d’où émerge une cohérence nouvelle : une euphorbe s’invite à côté des betteraves, une pomme de terre oubliée repousse parmi les carottes — tout cela fait partie du vivant. Et bien souvent, ce qui pousse sans aide pousse mieux que ce que l’on tente de maîtriser.
Le jardinage par soustraction repose sur un principe d’économie d’intervention. Il prolonge les fondements de la permaculture — ne pas retourner le sol, ne pas épandre d’engrais ou des produits chimiques, ne pas éliminer systématiquement les plantes dites « indésirables » — et il invite à laisser de la place au vivant, à son intelligence propre.

Observer avant d’agir
Cette approche repose sur une écoute attentive du lieu. Avant de planter, on observe. Avant d’ajouter, on se demande ce qui peut être allégé, déplacé ou laissé tel quel. Le jardin devient un espace de cohabitation avec le vivant, et non un décor que l’on impose. Cette posture d’humilité encourage aussi à réduire les interventions humaines, les arrosages inutiles, les tailles excessives, et les produits chimiques.
Jardiner par soustraction, c’est d’abord renoncer à l’idée que plus il y a de plantes, de fleurs ou de couleurs, mieux c’est. C’est faire le choix de retirer ce qui est superflu pour révéler l’essentiel. Cela peut passer par l’élagage réfléchi d’un arbre pour redonner de l’espace à la lumière, l’enlèvement de certaines pousses qui étouffent la biodiversité, ou à l’inverse laisser un coin de jardin en friche, pour mieux observer comment la nature y reprend ses droits.
Jardiner par soustraction, c’est aussi un geste écologique. En favorisant les plantes indigènes et en laissant certaines zones évoluer naturellement, on limite l’entretien, la consommation d’eau et l’usage de ressources. Jardiner par soustraction, c’est composer comme un sculpteur : on enlève pour révéler la forme, l’intention, la beauté cachée.













