Autobiographie de la chanteuse Judith Bérard

Une vérité nue

Invisible, l’autobiographie de Judith Bérard écrit en collaboration avec Lambert et publié chez Libre Expression, est un livre qui n’a pas besoin d’éclats et qui, sans bruit, vous accompagne longtemps, comme le souvenir d’une voix douce que l’on aurait entendue dans l’obscurité. La chanteuse Judith Bérard y écrit non pour dénoncer ou revendiquer, mais pour se tenir debout dans ce qui fut, pour comprendre peut-être, pour faire la paix surtout.

Il faut dire d’emblée que l’écriture, ici, se distingue par sa retenue. L’émotion n’est pas convoquée à grand renfort d’effets, mais suscitée par ce qui n’est pas écrit, par cette pudeur douloureuse que seuls les êtres profondément blessés mais debout savent exprimer. C’est là une des belles qualité de cette plume : sa capacité à faire naître en nous une mémoire d’émotions.

Eric Lapointe en filigrane

Que la presse se soit empressée de rappeler la relation tumultueuse entre l’auteure et le chanteur Éric Lapointe, que l’on s’attarde à ses excès, à ses égarements, à la rupture comme tournant vers la sobriété – « C’est le jour où je l’ai laissé qu’il est devenu sobre », dit Judith Bérard, sans rancune et sans orgueil – cela est compréhensible, mais reste accessoire. Car Invisible n’est pas un livre sur lui. Ce n’est pas un livre contre lui. Ce n’est pas un livre sur leur histoire. C’est un livre sur ce que laisse une histoire. Et c’est autrement plus subtil.

Deux années seulement, mais qui auront laissé, on le devine, des empreintes profondes. Non pas parce qu’il s’agit de deux personnalités célèbres, mais parce que ces années furent vécues, pleinement, avec cette intensité qui appartient à celles et ceux qui aiment sans calcul.

Bérard, dans son écriture, ne s’enferme jamais dans le souvenir. Elle chemine. Elle avance. Elle observe. Elle transforme. Son livre est moins une autobiographie qu’un passage, un mouvement, une lente traversée de l’ombre vers une lumière intérieure.

À lire

On pense à ces auteurs qui écrivent non pour raconter leur vie, mais pour sauver ce qui, dans la vie, mérite d’être sauvé. Ce livre, ainsi, n’accuse pas. Il n’étale rien. Il rend visible l’essentiel. Et il le fait avec élégance.

Il faut lire Invisible. Non pour ce qu’il révèle d’un passé devenu matière à confidences médiatiques, mais pour ce qu’il dit, avec infiniment de grâce et d’humanité, de la fragilité, de l’amour, du deuil de ce qu’on n’a pas su retenir et de la force mystérieuse qui nous pousse, malgré tout, à continuer d’aimer.