Source : Boomers & Cie
Il y a des gestes qui ne mentent pas. Des gestes lents, presque oubliés, que le monde moderne regarde de loin sans les comprendre. Au Québec, au creux des forêts et sur les rives des grands fleuves, un art ancien refait surface. Il ne revient pas comme une mode — il revient comme un besoin. La vannerie, discrète mais tenace, réécrit son histoire entre les mains de femmes qui savent que chaque fibre porte en elle le territoire.
Vannerie et identité
La vannerie au Québec n’est pas seulement un savoir-faire. C’est un rapport au monde. Une réponse douce, mais déterminée, à la vitesse, au plastique, à l’oubli. Ici, on ne tresse pas seulement des paniers. On tresse des racines, des revendications, des identités, des paysages.
Oseraie et poésie
Prenez Sweet Mama Grass, par exemple. À Sutton, Laurence Thiffault cultive ses saules comme on élève des chevaux sauvages : avec patience et poésie. Elle les connaît un par un, les regarde pousser, les taille à la main. Chaque brin devient un geste. Chaque panier, une histoire.
Plus au nord, partagée entre Saint-Ubald et la Côte Nord, Sous le Bleu- Vannerie boréale, n’est pas seulement un atelier mais bien un monde. Marie-Line Dupéré n’imite pas la nature, elle la prolonge. Ses objets n’ont pas l’arrogance du design, mais la noblesse des choses qui durent. Pour elle toutes les plantes se tressent. Elle explore, cueille, ramasse avec passion pour des créations amoureuses de territoire.
Racine du Monde, dans les Laurentides, se distingue pour ses ateliers immersifs : Nathalie Levasseur, créatrice primée offre à la fois une vannerie utilitaire mais aussi une vannerie ornementale et d’art, pour le plaisir des épicuriens, paysagistes et jardiniers. Ses merveilleux ateliers combinent apprentissage pratique et sensibilisation poétique aux végétaux locaux et aux formes esthétiques qu’ils permettent de générer.

Dans l’ouest de l’île Deux soeurs dans le même panier, pourrait être le titre d’un roman de Colette. Mais ici, c’est une réalité : deux femmes, unies dans la passion du tressage, réenchantent nos objets du quotidien et transmettent leur savoir-faire.
Le lien divin
Avec Brins d’Nature, Arielle Prince-Ferron organise des retraites pour que les femmes tissent entre elles des cercles sorores, où l’occasion du tressage et la réalisation de paniers créent une relation avec le sacré, l’objet tressé devient alors talisman.
Dans les forêts boréales du Québec ou au bord des rivières où chantent encore les libellules, elles sont là, ces femmes, cueilleuses intuitives, artistes et mémoires du vivant. Elles cueillent le saule, le foin d’odeur, les racines. Puis elles créent des objets porteurs de nature, d’histoire et de territoires.













