Il existe des trésors dont la valeur ne se mesure pas en carats. Des trésors qui ont traversé les guerres, les révolutions, les exils et les bouleversements politiques. Des objets qui, bien plus que leur éclat, portent en eux la mémoire d’un monde disparu.
Pendant près d’un siècle, quinze joyaux associés à la famille impériale des Habsbourg sont demeurés à l’abri des regards. Leur histoire, intimement liée à celle d’une dynastie parmi les plus puissantes d’Europe, s’est poursuivie loin des palais et des grandes cours européennes, jusqu’à Québec.
À compter du 4 septembre 2026, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) lève enfin le voile sur ce trésor exceptionnel dans le cadre de l’exposition Un trésor caché. Un siècle de mystère.
Et derrière ces bijoux se dessine une histoire étonnante : celle d’une famille impériale contrainte à l’exil, qui a trouvé refuge au Québec au cœur de la Seconde Guerre mondiale.

La chute d’un empire
Pendant des siècles, les Habsbourg ont occupé une place centrale dans l’histoire politique de l’Europe. Leur pouvoir et leur influence construite au fil des alliances, des mariages et des successions s’étendaient sur de vastes territoires .
Mais la Première Guerre mondiale a bouleversé cet ordre établi.
Lorsque l’Empire austro-hongrois s’est effondré en 1918, l’empereur Charles et son épouse, Zita de Bourbon-Parme, omt été contraints de quitter leur pays et de prendre le chemin de l’exil.
Quelques années plus tard, l’Europe allait de nouveau basculer dans la guerre.
En 1940, alors que les troupes nazies progressaient à travers le continent, Zita dut fuir une nouvelle fois. Elle quitta l’Europe avec ses huit enfants et traversa l’Atlantique.

En octobre de la même année, la famille impériale arriva au Québec. Elle s’installa à la villa Saint-Joseph, à Sillery.
La famille avait perdu son empire, ses privilèges et son pays. Elle conservait toutefois quelque chose de précieux : une collection de joyaux dont certains avaient appartenu à de grandes figures de l’histoire européenne.
Ces pièces allaient désormais accompagner la famille dans son exil.

Un trésor dans une mallette
On pourrait croire à l’intrigue d’un roman.
Une ancienne impératrice, des enfants en exil, une Europe dévastée par la guerre et, quelque part à Québec, une mallette contenant des bijoux dont l’histoire remontait parfois à plusieurs siècles. Pourtant, cette histoire est bien réelle. Les joyaux furent soigneusement conservés et demeurèrent longtemps à l’abri des regards. Leur existence resta entourée de discrétion, presque de silence.
Au fil des générations, la collection fut transmise comme un héritage familial précieux. Le temps passa. Les régimes changèrent. Les frontières européennes se transformèrent. Les protagonistes de cette histoire disparurent les uns après les autres. Mais les joyaux demeurèrent. Et leur secret aussi.
Aujourd’hui, ils sortent enfin de l’ombre.

Quinze témoins d’une histoire mouvementée
L’exposition du MNBAQ raconte cette histoire en plusieurs temps.
Le parcours commence par les grands moments qui ont marqué la destinée de la famille impériale : le mariage de Charles de Habsbourg-Lorraine et de Zita de Bourbon-Parme en 1911, leur accession inattendue au trône, l’effondrement de l’Empire austro-hongrois en 1918, puis les années d’exil qui conduisirent finalement la famille jusqu’à Québec.
Le récit s’élargit ensuite pour mettre en parallèle l’univers de la famille impériale et celui du Québec au XIXe siècle, créant un dialogue entre deux mondes que tout semblait séparer.
Puis le parcours se resserre autour de Québec. C’est ici que l’histoire prend une dimension particulière. La famille impériale y ayant trouvé refuge. Elle y a tissé des liens durables. Et, pendant plusieurs décennies, les joyaux ont été conservés dans le plus grand secret.
Vient enfin le moment de la révélation.
Derrière les vitrines apparaissent les quinze pièces de la collection, accompagnées de la mallette qui les a protégées pendant toutes ces années. L’exposition ne dévoile donc pas seulement des bijoux anciens. Elle révèle les fragments d’une histoire familiale qui a survécu à la disparition d’un empire.

La Toison d’or : le symbole d’une dynastie
Parmi les pièces les plus remarquables figure l’insigne de l’Ordre de la Toison d’or. Fondé au XVe siècle, cet ordre de chevalerie comptait parmi les plus prestigieux d’Europe. Pour les Habsbourg, il représentait également un marqueur essentiel de leur identité dynastique et de leur attachement au catholicisme. L’exemplaire présenté au MNBAQ date du XVIIIe siècle.
Mais son histoire ne s’arrête pas à sa fabrication. L’insigne fut placé sur la dépouille de Charles Ier lors de sa veillée funèbre. L’objet avait donc été témoin de la grandeur de la dynastie avant d’accompagner l’un de ses derniers souverains dans la mort.
Il ne s’agit plus simplement d’un bijou. Il devient le symbole silencieux d’un monde qui avait disparu.

Une montre ayant appartenu à Marie-Antoinette
La montre à gousset associée à Marie-Antoinette raconte une autre histoire, plus intime. À une époque où la haute horlogerie et la joaillerie se rejoignaient dans des créations d’une grande sophistication, cette pièce avait été conçue comme un véritable objet de prestige. Elle faisait partie du trousseau de Marie-Antoinette, reine de France.
Lorsque la Révolution française éclata, la montre fut mise en sécurité. Elle revint ensuite à sa fille, Marie-Thérèse, à l’occasion de son mariage. Un détail ajoute encore à son caractère exceptionnel. Au revers de la montre sont conservés des cheveux qui pourraient être ceux de Marie-Thérèse d’Autriche, mère de Marie-Antoinette.
Ainsi, derrière l’objet précieux apparaît une histoire familiale. Une histoire faite de transmission, de perte et de souvenirs.

Le Florentin, le diamant disparu
Puis vient la pièce qui attire naturellement tous les regards : le diamant Florentin.
Avec ses 137 carats, ce joyau figure parmi les plus imposants diamants connus. Sa couleur légèrement jaunâtre et sa taille en double rose lui confèrent une apparence unique, chaque facette ayant été pensée pour amplifier la lumière de la pierre. Mais sa beauté n’est pas ce qui a nourri sa légende. C’est son histoire.
Le Florentin a été considéré comme disparu pendant plus d’un siècle. Au fil du temps, son existence avait presque rejoint le territoire de la légende. La pierre avait pourtant traversé les siècles et plusieurs cours européennes avant d’entrer dans le trésor de la famille impériale des Habsbourg. Puis, comme le reste de la collection, elle avait quitté les palais. Elle avait suivi une famille en exil pour arriver à… Québec.
Pendant des décennies, le diamant est demeuré caché, loin des regards et des projecteurs. Jusqu’à aujourd’hui.

Lorsque l’Histoire revient à la lumière
Il serait tentant de regarder ces quinze pièces uniquement pour leur beauté ou leur valeur. Ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel. Car ces joyaux racontent une histoire qui dépasse largement celle de la haute joaillerie. Ils racontent la chute d’un empire, l’exil d’une famille et la fragilité du pouvoir.
Ils racontent aussi la transmission d’une mémoire. En 1940, le Québec et le Canada ont accueilli la famille de Habsbourg alors que l’Europe traversait l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Plus de huit décennies plus tard, cette histoire revient au Québec, là où une partie de la collection a été préservée.
Pour Karl de Habsbourg, petit-fils de l’impératrice Zita, cette exposition constitue d’ailleurs une forme de gratitude envers le Québec et le Canada, qui avaient offert à sa grand-mère et à ses huit enfants un refuge pendant la Seconde Guerre mondiale.
C’est sans doute ce qui donne à l’exposition sa véritable profondeur.
Les diamants ont traversé les siècles.
Les bijoux ont survécu aux guerres.
La dynastie a perdu son empire.
Mais la mémoire, elle, a continué son chemin. Et c’est finalement à Québec qu’elle revient aujourd’hui à la lumière.

Un trésor caché. Un siècle de mystère sera présenté au Musée national des beaux-arts du Québec à compter du 4 septembre 2026.
Pour la première fois, le public pourra découvrir ces quinze joyaux historiques, mais surtout comprendre pourquoi, pendant près d’un siècle, leur histoire était demeurée secrète. Car certains trésors ne sont pas faits pour être possédés. Ils sont faits pour être transmis.

| « Le Québec est fier de faire connaître au public cette histoire exceptionnelle et d’accueillir au MNBAQ une collection d’une portée historique remarquable. La mise en valeur de ces joyaux fait dialoguer patrimoine, mémoire et résilience humaine de manière saisissante. » |
| Mathieu Lacombe Ministre de la Culture et des Communications du Québec |
| « En 1940, le Québec et le Canada ont accueilli la famille de Habsbourg à un moment de grande incertitude. Cet accueil a profondément marqué la famille et n’a jamais été oublié. Plus de 80 ans plus tard, c’est très émouvant de voir cette histoire se poursuivre au Québec et de pouvoir, à notre tour, faire découvrir ces joyaux au public. Nous sommes fiers de contribuer à les préserver et à transmettre leur histoire aux générations futures » |
| Andrew Molson Fiduciaire de la Fiducie Saint-Joseph |
| « La ville de Québec a offert sécurité, respect et espoir à ma famille durant une époque de profonde incertitude. La présentation au Musée de ces joyaux est une expression de profonde gratitude envers le Québec et le Canada, qui ont accueilli et abrité ma grand-mère et ses huit enfants pendant la Seconde Guerre mondiale. » |
| Karl de Habsbourg Petit-fils de l’impératrice Zita |
| « C’est avec une profonde émotion que nous présentons Un trésor caché. Un siècle de mystère au MNBAQ, car les joyaux sont intimement liés à l’histoire de Québec, où ils ont été conservés en secret pendant plusieurs décennies. Pour la toute première fois, nous invitons le public à découvrir ces chefs-d’œuvre de la joaillerie européenne, dont l’éclat, le raffinement et le destin traversent l’histoire. » |
| Jean-Luc Murray Directeur général du MNBAQ |
SOURCES DES PHOTOS MBNAQ
Joaillier européen inconnu, Insigne de l’Ordre de la Toison d’or, 18e
siècle. Argent, or/argent doré, diamants, tourmalines? et soie, 15 × 8,4 × 1,5 cm.
Fiducie Saint Joseph // Photo: MNBAQ, Louis Hébert
Jean-Antoine Lépine, Montre à gousset, en 1770 ou avant. Argent, alliage ferreux, diamants, saphirs roses?, verre, émail, poudre d’émail et cheveux, 5,6 ×4 × 1,2 cm. Fiducie Saint Joseph // Photo: MNBAQ, Louis Hébert
Inconnu, Diamant Florentin , date inconnue. Diamant, 2,6 ×2,6 cm. Fiducie Saint Joseph // Photo : MNBAQ, Louis Hébert
LES CRÉDITS
Un trésor caché. Un siècle de mystère est une exposition conçue et réalisée par le Musée national des beaux -arts
du Québec avec la collaboration de la Fiducie Saint -Joseph.
DIRECTION
Jean-Luc Murray, directeur général, MNBAQ
Anik Dorion -Coupal, directrice des expositions et des partenariats internationaux, MNBAQ
CONSERVATION, COMMISSARIAT ET CONTENUS
Manon Pouliot, commissaire invitée et collaboratrice au contenu, Loto -Québec
Daniel Drouin, conservateur invité et collaborateur au contenu
Carole Breckler, restauratrice invitée, Centre de conservation du Québec
Lysandre Bouchard, agente au développement et planification des expositions, MNBAQ
DESIGN GRAPHIQUE
Charles Saint -Gelais, designer et graphiste invité
PARTENAIRES
Le Musée remercie la Fiducie Saint -Joseph qui a manifesté sa volonté de présenter cet ensemble d’objets
historiques à Québec, pour son engagement dans l’initiative et le développement du projet, ainsi que pour la
confiance accordée à notre institution.
Le Musée remercie également la famille de Habsbourg pour son soutien et sa disponibilité tout au long du
projet.
PRÊTEURS ET ARCHIVES
Archives de la Côte -du-Sud
Archives de l’Archidiocèse de Québec
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)
Marie -Charlotte et Zita De Koninck
Université Laval
Maison A. E. Köchert
COLLABORATION SPÉCIALE
La Fondation Otto de Habsbourg, pour sa collaboration et le prêt de documents iconographiques
REMERCIEMENTS SPÉCIAUX
L’exposition Un trésor caché. Un siècle de mystèrebénéficie du soutien financier du gouvernement du Québec.















