Source : Courtoisie de l’agence Sonia Gagnon / Photographe : Daphné Caron
Normand D’Amour se passerait aisément de présentation. Tout au long d’une carrière de presque 30 ans – qui compte notamment des participations à plus de 15 pièces de théâtre, plus de 20 films et près de 25 projets télévisuels –, l’acteur a offert à différents publics des performances fortes, justes, mémorables. Le comédien se prépare à remonter ce printemps sur les planches de salles de spectacles partout au Québec avec la comédie Le dîner de cons, dont la nouvelle mouture fait un malheur partout où elle passe depuis 2020. Et ce n’est pas fini.
Pierre Brochant
Lorsqu’André Robitaille a appelé Normand D’Amour, il y a environ 5 ans, pour lui proposer de jouer dans Le dîner de cons, celui-ci lui a tout de suite demandé : «Je fais Brochant?» — «Oui», lui a répondu le metteur en scène. — «Et qui fait le con?» En entendant le nom de Laurent Paquin, sa décision était prise: «Où est-ce que je signe?»
Pour ceux qui n’auraient pas eu le bonheur de voir cette œuvre depuis sa création en 1993 ou qui ne s’en souviennent plus, Pierre Brochant est un éditeur qui organise chaque mercredi avec ses amis ce qu’ils appellent des «dîners de cons». Lors de ces repas, chacun des convives doit amener avec lui un «con», dont ils pourront rire subtilement. Mais un de ces mercredis, Brochant se blesse au dos et, même s’il craint que sa soirée en soit affectée, il invite son con de la semaine, François Pignon, à prendre l’apéro chez lui avant le dîner… sans se douter que celui-ci fera entrer le chaos dans sa demeure et dans sa vie.
«Pierre Brochant, c’est un snob qui fait des dîners de cons avec ses boys pour rire du monde, explique le comédien. C’est un gars pas très gentil, mais on apprend pendant la pièce qu’il est aussi con que les autres, et c’est ça qui est vraiment drôle.»

Normand D’Amour partage-t-il des traits avec son personnage? «Non. Moi je ne suis vraiment pas con du tout», se défend vigoureusement l’acteur avec humour. «J’aime rire du monde, des fois, ça, c’est sûr. Mais je leur dis.», précise-t-il, avouant qu’il n’avait jamais entendu parler de tels dîners avant de connaître l’œuvre de Francis Veber.
L’indispensable faire-valoir
Le comédien décrit Brochant comme «le straight man par excellence». En comédie, on donne ce nom à un type de personnage dont le rôle «plus sérieux» met en valeur le comique des personnages qui l’entourent, par effet de contraste : «Brochant, il comprend que ce gars-là n’a pas de mémoire à court terme, et il n’en peut plus de ne pas comprendre comment ça se fait que ce gars-là ne comprend jamais. Ça le met en ta…».
À l’exaspération ressentie devant les bévues de Pignon s’ajoute, pour Brochant, la douleur au dos qui le tenaille tout au long de la pièce. Son interprète a d’ailleurs eu recours aux services de massothérapeutes durant certaines périodes où les représentations se succédaient à un rythme fou. Parce que jouer une fausse blessure peut provoquer de vraies douleurs. «Mais là, c’est pas si pire, une fois par soir. Faut que je me tienne en forme, et ce show-là me tient en forme. Je sue ma vie. On est quand même une heure et quart sur scène Laurent et moi, tout seuls, avant que les autres personnages arrivent, et c’est vraiment un tour de force. J’aime faire ça. J’adore les jeux physiques.»

En effet, sur les deux heures et demie que dure la pièce, les soixante-quinze premières minutes présentent une partie de ping-pong orale entre les deux protagonistes avant que n’entrent en scène les autres personnages. Se joignent alors au duo Lucien Cheval (Bernard Fortin), Juste Leblanc (René Simard), Marlène Sasseur (Isabelle Giroux, en remplacement temporaire de Gabrielle Fontaine) et Mme Brochant (Pascale Montreuil, qui est aussi la conjointe de Normand D’Amour). «Un moment donné, dans un souper, après plusieurs représentations où ça allait bien, j’ai dit à Laurent : “T’es un maudit bon acteur.” Il m’a regardé, et il m’a dit : “Normand, t’es un cris… de bon comédien.” Alors ça marche très bien notre affaire.»

Le sérieux de la comédie
Pour l’acteur, le fait que son personnage soit très connu ne pose pas de défis particuliers sur les plans de l’appropriation ou de l’interprétation. La qualité des textes de la pièce facilite le travail des comédiens : «Le texte est tellement bien écrit qu’on n’a pas grand-chose à faire. On a juste à jouer la situation.» Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas d’efforts déployés ni de travail d’accompli. «[André] me dirige, mais c’est pour ça qu’il m’a choisi. Parce qu’il sait que je suis un acteur assez précis. Je peux être absolument précis dans mes intentions», affirme le comédien, avec l’assurance d’un vétéran.
D’ailleurs, à l’entendre à propos d’éventuels tours ou farces sur scène entre collègues, on devine qu’il n’y a pas que lui qui doit faire preuve d’exactitude dans l’art délicat de la réplique. «Non, non!», s’exclame-t-il, à l’évocation de tels comportements. «On est d’une précision! On est chirurgical. Vraiment, on n’a pas le temps de se jouer des tours. On n’a pas besoin de se jouer des tours pour que les gens rient. Ça rit tellement!»
Un public réactif
Même après plusieurs dizaines de représentations, le comédien est toujours impressionné par les réactions du public, qui répond avec un très grand enthousiasme au texte de la pièce et au jeu des comédiens : «Ça marche tellement! Moi je n’ai jamais vu ça! En 40 ans de carrière, je n’ai jamais vu du monde rire de même dans une salle. C’est écœurant. C’est un texte tellement intelligent. Les gens se tapent sur les cuisses.
Veber, c’est un génie du comique. C’est tellement agréable à jouer. Je me sens tellement privilégié de faire ça. »
Certaines scènes cultes sont bien sûr des détonateurs de choix pour déclencher l’hilarité chez les spectateurs. Il y a celle de la confusion au sujet de Marlène Sasseur. Celle de l’appel au publicitaire Meneaux. Et la classique, à propos du nom de Juste Leblanc. Parfois, la vague de rires déferle sur la scène, jusqu’à entraîner les comédiens avec elle : «Je me souviens, on était au Saguenay, le monde a tellement ri que j’ai cassé. J’ai cassé de rire, tellement c’était fort. J’ai eu une émotion parce que les gens étaient tellement crampés. Des fois, il faut attendre [que les rires cessent], parce que sinon, ils n’entendront pas ce qu’on dit. C’est merveilleux de ressentir ça! Je peux comprendre les humoristes qui font ça pendant des années, c’est une cris… de bonne dope.»

Une version adaptée… mais pas trop
Pour certaines références, comme les noms d’équipes sportives, le texte du Dîner de cons est légèrement adapté au contexte québécois. Il conserve cependant les éléments du texte original qui sont plus universels, comme les noms des personnages.
Bien conscient que beaucoup de gens ont connu l’œuvre de Veber par l’entremise de son film, Normand D’Amour rappelle que Le dîner de cons, c’est bien une pièce de théâtre avant d’être un film, et que cette version contient des scènes qui ont été exclues de celui-ci : «Ça crée comme une nouvelle mouture, et les gens redécouvrent [l’œuvre]. Il y a même des Français qui sont venus voir le show, qui sont venus nous voir après en disant : “On oublie totalement le film. C’est fantastique!”»
Cela dit, Normand D’Amour est également un grand admirateur du film, qu’il voit encore «deux ou trois fois par année, quand il passe à la télé» : «Je m’arrête, je le regarde. Je ne peux pas faire autrement, même si je le connais par cœur, mais vraiment par cœur : je dis les répliques en même temps.»
La troupe joue la pièce depuis 2020, mais a dû faire une pause en 2021 en raison de vous savez quoi. Les billets continuent cependant de s’envoler et des représentations sont même déjà prévues pour 2027 et 2028.

Avec la série télévisée Stat qui sera de retour l’automne prochain pour une quatrième saison et la pièce Le dîner de cons qui poursuit sa route sur le chemin du succès, Normand D’Amour est comblé, tant sur le plan professionnel que personnel : «Ça va être ça pour encore un bon bout. Moi, je suis parfait là-dedans. Ça me rend heureux. J’ai du temps de libre avec ma blonde le soir, je joue avec ma blonde au théâtre, les enfants sont partis de la maison, et là, on est en train de rénover… Alors, regarde, la vie va très très bien. Je suis parfaitement heureux, et en espérant que ça continue, tant que je suis capable de le faire.»
Invité à dire un dernier mot, le comédien n’hésite pas une seconde : «On peut conclure que si vous ne venez pas voir ça, il va vous manquer quelque chose dans votre vie.»
***

La pièce Le dîner de cons sera en résidence au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, à Montréal, du 15 au 18 mai 2025.
Pour les autres dates et villes
La quatrième saison de la série Stat sera diffusée à Radio-Canada en septembre 2025, dans une version hebdomadaire d’une heure.