Depuis plus de 10 ans, Olivier Bernard, alias le Pharmachien, s’efforce de déboulonner les fausses croyances et les mythes liés à la santé. Sur Internet, à la télévision, dans des livres et ailleurs encore, il met en lumière les vérités scientifiques de façon accessible afin de combattre la désinformation, en utilisant notamment l’humour, sans jamais sacrifier la rigueur. Voici une discussion sur les défis de la communication en santé et les pistes à suivre pour le public.

Un phare dans la nuit

Lorsqu’il commence à faire de la vulgarisation scientifique sur la santé dans des articles illustrés, en 2012, le pharmacien Olivier Bernard répond à un constat : il lui semble difficile, pour monsieur et madame Tout-le- Monde, d’être capable de trouver les bonnes informations dans la cacophonie provoquée par l’évolution des réseaux sociaux. Bombardés de toute part d’affirmations qui s’annoncent toutes comme véridiques, les gens « ne savent plus vraiment ce qui est vrai, ce qui est valide, ce qui a du sens ou ce qui n’en a pas », remarque alors le jeune professionnel.

Treize ans plus tard, Olivier Bernard observe avec déception que la situation a malheureusement empiré. Les défis liés à la diffusion de renseignements scientifiques se multiplient, notamment avec l’acharnement d’obscurantistes qui nient la science et l’arrivée de l’intelligence artificielle générative.

D’où l’importance de faire contrepoids à ceux qui tentent de manipuler les idées au détriment de la vérité et de la santé des individus.

« Ça prend des personnes qui ont certaines compétences, dans certains domaines, et qui peuvent être là pour dire aux gens “écoutez, faites-moi confiance. J’ai fait du travail là-dessus, et je peux essayer de vous aider là-dedans”. Je pense que les gens ont vraiment besoin de personnes de confiance dont ils peuvent dire “cette personne-là, ce qu’elle dit, c’est quand même bon, elle connaît ça, elle a fait de bonnes recherches là-dedans, elle a une bonne expérience”. Et ça peut être une manière de venir un petit peu se démêler à travers toute l’information qui circule. »

Mais le vulgarisateur ne jette pas le bébé avec l’eau du bain : « Ce qu’on trouve sur les réseaux sociaux, ça peut être très bon », dit-il. Mais il soulève l’absence de mécanismes de contrôle – comme la vérification des faits – qui prévaut dans les « médias » dits non traditionnels. « Il y a de la bonne information qui circule, mais ça peut aussi être [mauvais], ça peut être incomplet, ça peut être, dans le pire de cas, complètement faux, fabriqué, pour manipuler les gens. Ça exige du public un immense niveau de prudence. »

Le prix de la désinformation

Selon l’auteur de La bible des arguments qui n’ont pas d’allure, les professionnels de la santé voient passer au quotidien dans leur travail des personnes qui vivent des conséquences négatives, et même qui souffrent, en raison de décisions prises après avoir pris connaissance de renseignements erronés. « Je vois des gens qui ont lu une information, en toute bonne foi, et se sont dit “je vais commencer à prendre tel produit, ou j’ai lu que tel médicament n’est pas bon, je vais arrêter de le prendre, ou je vais faire telle diète parce qu’apparemment, c’est bon.” »

Source : Éditions Les malins

Les conséquences de ces décisions sont réelles et quantifiables. Olivier Bernard rappelle, par exemple, que « chez les personnes qui sont atteintes d’un cancer et qui vont se tourner vers des soins qui ne sont pas des soins scientifiques, vers des choses qui circulent, des croyances, etc., les gens ont un taux de mortalité beaucoup plus élevé. »

Un combat inégal

Le communicateur tient également à souligner un point important. Alors que certaines fausses informations sur la santé sont véhiculées sans intentions malveillantes, le public doit être conscient que « beaucoup de forces sont liguées contre les consommateurs », et que la fausse information est parfois érigée en modèle d’affaires : « [Des] compagnies, maintenant, ont trouvé dans les réseaux sociaux un super bon moyen pour rejoindre les gens. Il y a des incitatifs financiers. »

Cependant, alors que ces entreprises possèdent des moyens énormes pour soutenir leurs efforts de marketing, ceux qui tentent de rétablir la vérité ne bénéficient pas des mêmes ressources financières : « Moi, par exemple, j’essaie de combattre les fausses informations sur les réseaux sociaux, mais quand je prends du temps pour faire ça, je ne suis pas payé. C’est quelque chose que je fais de mon temps libre, bénévolement. Mais la fausse information que je combats, elle profite financièrement à quelqu’un, qui fait probablement beaucoup d’argent. C’est un marché qui est multimilliardaire. Donc, c’est sûr que c’est un combat qui n’est pas à armes égales. Et c’est difficile à accepter quand on fait ça comme travail. »

Mieux s’informer

Le Pharmachien propose d’abord de prendre l’habitude de confirmer soi-même la véracité des affirmations lues ou entendues pour se prémunir contre les effets de la surabondance d’informations.

Source : Julien Faugère – Explora

« Il faut développer le réflexe que, quand on lit quelque chose, malheureusement, on ne peut jamais présumer que c’est de la bonne information. C’est triste d’en arriver à ce constat. Quand j’ai commencé à pratiquer comme pharmacien en 2004, je n’aurais jamais cru qu’un jour, je devrais dire ça aux gens. “Ne [tenez] plus pour acquis que ce que vous allez lire, même si c’est écrit par quelqu’un qui a l’air fiable, est nécessairement bon.” Malheureusement, tout le monde doit le faire. Et moi aussi, là! » Et aux gens qui recherchent des renseignements précis dans le domaine de la santé, Olivier Bernard donne toujours le même conseil, peu importe le public auquel il s’adresse. Tant aux aînés qu’aux étudiants ou autres, il recommande de consulter en premier les sites Web des associations médicales ou scientifiques ainsi que les sites gouvernementaux.

Même s’il concède que l’information qui se trouve sur ces sites Web n’est pas « super palpitante », le communicateur justifie aisément sa réponse : « [Ces sites] ont été révisés par des spécialistes. C’est la grande différence. Des spécialistes ont révisé l’information et se sont demandé “est-ce que c’est bon, ce qu’on dit? Est-ce qu’on peut vérifier? Est-ce qu’on est correct de dire ça?” ».

Loin de lui, cependant, l’idée d’empêcher les gens d’aller voir ailleurs, ensuite. Mais il croit qu’avec une bonne base scientifique, les chercheurs d’informations sont mieux équipés pour faire face à des énoncés douteux, user de leur esprit critique et éventuellement détecter les faussetés.

« Si, après, ils veulent aller voir à gauche et à droite, c’est correct, mais [c’est de] commencer par là. Parce qu’au moins, ils auront eu accès à de l’information qui a été validée par des gens qui s’y connaissent. Et après, s’ils lisent des choses qui vont complètement à l’encontre de ça, bien peut-être qu’ils vont faire, “ah oui, lui, [il] va complètement à contre-courant. Peut-être que je devrais faire un petit peu attention.” »

Les actualités du Pharmachien

Ces jours-ci, Olivier Bernard travaille principalement sur la prochaine saison de son balado Dérives, une série documentaire saluée de toute part depuis sa création en 2020. Il y discute de ce qui peut pousser des individus à développer des croyances pouvant les mener jusqu’à la mort. Pour celui qui s’occupe de la recherche, de l’écriture, de la réalisation et du montage, il s’agit d’un travail de longue haleine, puisqu’il se déroule sur un an et demi.

Source : Radio-Canada

En plus de cette occupation principale, le défenseur de la vérité donne beaucoup de conférences ici et là, participe à la formation continue de professionnels de la santé et fait également du bénévolat auprès d’étudiants.

Une vision suspendue

Pour le pharmacien, l’avenir de la vulgarisation scientifique est difficile à imaginer en ce moment. « C’est la première fois depuis que j’ai commencé à faire de la vulgarisation que je suis dans une période d’incertitude complète », admet-il. Face à des campagnes de désinformation orchestrées à grande échelle et facilitées par des technologies de plus en plus efficaces, il semble que la communauté des communicateurs scientifiques retienne son souffle et guette l’évolution de la tempête, incapable, pour l’instant, de « savoir ce que le futur nous réserve en termes d’information de bonne qualité ».

Cela dit, Olivier Bernard trouve regrettable que cette réalité en masque une autre, beaucoup plus positive. En effet, malgré un sentiment populaire, les bonnes nouvelles sont nombreuses dans le domaine de la santé; globalement, celle-ci s’améliore sans cesse : « On a des traitements plus efficaces que jamais par rapport à plein de choses, les taux de décès, les taux de dommages par rapport à plein de problèmes de santé, tout est en chute drastique. »

Il suggère donc de porter son attention sur les bonnes nouvelles et de « s’accrocher à ça », afin de ne pas sombrer dans l’impression que tout va mal. « Parce que ce n’est pas vrai que tout va mal. Il y a des choses qui vont vraiment super bien, et on devrait s’en réjouir. »

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Le balado Dérives est offert sur l’application OHdio ainsi que sur le site Web d’ICI Radio-Canada Première.

Les livres d’Olivier Bernard, pour adultes et pour enfants, sont offerts partout.

Les épisodes de l’émission Les aventures du Pharmachien sont diffusés sur ICI Tou.TV Extra.

Pour lire les nombreux articles de blogue du Pharmachien et s’informer sur ses activités, visiter lepharmachien.com.