Il avait le verbe vif, l’indignation contagieuse et ce talent rare de transformer l’actualité en une conversation avec tout un peuple. Jean-Luc Mongrain n’était pas un animateur comme les autres. Il était une présence familière, un franc-parler, une façon bien à lui de défendre les citoyens et de rappeler que les grandes questions de société se cachent parfois dans les plus petits détails.
Il y a des personnalités publiques que l’on regarde passer à l’écran, puis il y a celles qui finissent par prendre une place dans nos vies, sans même que nous les ayons rencontrées. Jean-Luc Mongrain appartenait à cette seconde catégorie. Avec son regard perçant, sa moustache légendaire, ses gestes expressifs et ses célèbres montées de lait, il avait réussi quelque chose de rare : créer un lien direct avec des milliers de Québécois qui, soir après soir, avaient le sentiment qu’il leur parlait à eux.
Son décès, survenu dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, à l’âge de 75 ans, à la suite d’un cancer fulgurant, marque la fin d’un chapitre important de l’histoire de la télévision québécoise. Mais il ravive aussi une multitude de souvenirs, de répliques mémorables et d’émotions chez ceux qui ont grandi en l’écoutant.

Un communicateur qui ne ressemblait à personne
Jean-Luc Mongrain avait compris que l’information ne devait pas nécessairement être froide pour être sérieuse, ni distante pour être crédible. À la barre de Mongrain de sel, puis du Grand Journal à TQS, avant de poursuivre sa carrière à LCN et ailleurs dans le paysage médiatique, il a imposé une manière de faire de la télévision qui lui ressemblait : vivante, directe, parfois explosive, mais toujours portée par le désir de rendre les enjeux accessibles.
Il ne se contentait pas de lire les nouvelles. Il les commentait, les questionnait, les confrontait à la réalité quotidienne des citoyens. Là où certains voyaient un banal fait divers ou une décision administrative sans grand intérêt, lui décelait une absurdité, une injustice ou une occasion de poser une question que personne ne semblait vouloir poser.
Qui n’a pas souri en le voyant s’indigner devant les fameux 17 duo-tangs exigés à l’école, s’insurger contre un règlement insensé ou défendre des citoyens pris dans les rouages d’un système devenu déconnecté de leurs besoins?
Chez lui, le détail devenait révélateur. L’anecdote se transformait en débat de société. Et le téléspectateur, même celui qui n’avait jamais suivi la politique de près, se retrouvait soudainement intéressé par une question qui, quelques minutes auparavant, lui aurait paru insignifiante.
C’était là l’une de ses grandes forces : vulgariser sans appauvrir, divertir sans vider les sujets de leur substance et faire comprendre que l’actualité concerne tout le monde, pas seulement les spécialistes et les décideurs.


La colère comme instrument de communication
Ses emportements ont fait sa réputation. Ses silences aussi. Car Jean-Luc Mongrain savait que la communication ne réside pas uniquement dans les mots, mais également dans le regard, le rythme, les pauses et cette seconde de trop pendant laquelle il semblait laisser l’absurdité d’une situation parler d’elle-même.
Sa colère n’était pas simplement un numéro de télévision. Elle devenait, aux yeux de nombreux téléspectateurs, le prolongement de leur propre exaspération. Il exprimait tout haut ce que plusieurs pensaient tout bas, particulièrement lorsqu’il était question des gens ordinaires, de la classe moyenne, des plus vulnérables ou des victimes d’un système qui semblait parfois avoir oublié leur existence.
On pouvait être d’accord ou non avec ses prises de position. On pouvait trouver son style excessif, son ton dérangeant ou ses interventions trop théâtrales. Mais il était difficile de rester indifférent.
Jean-Luc Mongrain n’avait pas besoin de plaire à tout le monde. Il avait besoin de susciter une réaction, de provoquer une réflexion et, surtout, de faire en sorte que les citoyens ne se sentent pas impuissants devant les décisions qui influençaient leur quotidien.
Son franc-parler appartenait à une époque où le débat public se jouait autrement, dans les studios de télévision, en direct, avec des échanges parfois musclés et une personnalité qui assumait pleinement ses opinions. Une époque qui semble aujourd’hui bien lointaine, à l’heure où chaque déclaration peut être découpée, partagée et jugée en quelques secondes sur les réseaux sociaux.



Une personnalité qui a marqué les mémoires
Pour plusieurs, Jean-Luc Mongrain est indissociable de souvenirs familiaux. Certains se rappellent l’avoir regardé avec leurs parents ou leurs grands-parents, sans toujours comprendre les enjeux qu’il abordait, mais en étant fascinés par son énergie, son humour et sa manière singulière de s’adresser au public.
C’est aussi cela, la portée d’une personnalité comme la sienne : elle traverse les générations. On se souvient de sa voix avant même de se rappeler le sujet de son intervention. On se remémore une expression, un regard, une indignation spectaculaire. Puis, des années plus tard, on réalise que cette présence télévisuelle a accompagné une partie de notre histoire personnelle.
Son talent a également inspiré les humoristes et les imitateurs, qui ont repris ses expressions, ses intonations et ses célèbres éclats. Ces parodies témoignaient de la place qu’il occupait dans l’imaginaire collectif québécois. Pour être imité avec autant de justesse et de plaisir, encore faut-il avoir créé un personnage immédiatement reconnaissable.
Derrière ce tempérament flamboyant se trouvait pourtant un homme dont plusieurs collègues ont souligné l’intelligence, la culture générale, la finesse d’analyse et la capacité à rire de lui-même. Son personnage télévisuel était haut en couleur, mais son apport à l’information dépassait largement ses coups d’éclat.
Jean-Luc Mongrain a contribué à transformer la manière de présenter l’actualité au Québec. Il a montré qu’un bulletin pouvait être incarné, qu’un animateur pouvait prendre position et qu’une information accessible pouvait aussi être exigeante. Son influence s’est fait sentir bien au-delà de ses propres émissions, obligeant le milieu à réfléchir à la façon de rejoindre un public qui voulait comprendre, ressentir et participer.
Une voix qui continuera de résonner
Au lendemain de sa disparition, les hommages se multiplient. Collègues, personnalités publiques, artistes et anciens collaborateurs saluent un homme de conviction, un communicateur exceptionnel et une figure incontournable de la télévision québécoise.
Le premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a notamment évoqué cette indignation qui rejoignait celle des citoyens, soulignant qu’elle s’accompagnait souvent d’une touche d’humour. D’autres se rappellent un maître du métier, un homme qui savait retenir l’attention de millions de personnes et rendre compréhensibles des enjeux parfois complexes.
Ces témoignages disent beaucoup de ce que Jean-Luc Mongrain représentait, mais ils rappellent aussi une vérité plus simple : l’information n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle parvient à rejoindre les gens là où ils sont.
Au fond, son héritage ne se mesure pas uniquement à ses années de carrière, à ses cotes d’écoute ou aux nombreux moments qui ont marqué l’histoire de la télévision. Il réside aussi dans cette capacité à éveiller la curiosité, à remettre en question les évidences et à rappeler qu’un citoyen a le droit de demander des comptes.
Jean-Luc Mongrain avait ses convictions, son style et sa manière bien à lui de mener le combat. Il n’était pas toujours consensuel, mais il était profondément reconnaissable. Et dans un monde médiatique où les voix se multiplient jusqu’à parfois se confondre, cette singularité avait une valeur inestimable.
Il y a des voix que l’on entend à la télévision, puis que l’on oublie dès que l’écran s’éteint. Et il y a celles qui s’installent dans notre mémoire, se mêlent aux souvenirs de famille et continuent de nous accompagner longtemps après le dernier bulletin.
Celle de Jean-Luc Mongrain était de celles-là.
Bon repos, Monsieur Mongrain. Et merci d’avoir rappelé à nous tous que les gens ordinaires ont, eux aussi, droit à la parole.
Nous avons retenu ce texte de l’humoriste Josiane Aubuchon

Quand j’étais enfant, Jean-Luc Mongrain, c’était sacré chez nous. J’étais fascinée par lui et du même coup, j’avais tellement envie que mes parents changent de poste.
Il y avait quelque chose d’ennuyant, pour une enfant, à écouter un monsieur mettre son grain de sel dans tous les sujets d’actualité. Je trouvais ça plate ! Mais, en même temps, sa moustache, ses gros yeux, sa tasse de café… Tout ça me captivait. Parfois, je pouvais pas faire autrement que de rester là, complètement absorbée par ce monsieur que je voyais dans ma télé.
Plus tard, j’ai appris à l’apprécier autrement. À découvrir l’homme brillant derrière les « gros yeux ». À comprendre à quel point il savait naviguer dans les médias avec un style qui lui était propre. Il était impressionnant.
Les années ont passé et Jean-Luc Mongrain est devenu une figure reconnaissable entre toutes.
Puis, un jour, je me suis retrouvée assise au bout d’une longue table, avec une tasse d’eau (parce que le bon goût de l’eau), des papiers et des crayons devant moi. Ma mission; faire un podcast où je parle toute seule à mes auditeurs, assise devant une caméra.
On fait un premier test pour voir si j’étais capable. Résultat: toute mon équipe me regarde et me dit : « C’est fou, on dirait que t’as une petite vibe Jean-Luc Mongrain. »
Sur le coup, je suis crampée. Jamais j’aurais pu croire que j’avais ça en moi. Puis, finalement, en voyant les images du « test », c’est devenu une évidence. L’équipe avait raison.
Je me dois d’admettre que le monsieur aux gros yeux a vraiment laissé sa marque sur la petite Josiane.
Parce qu’aujourd’hui, même si je ne m’attaque pas aux grands sujets d’actualité quand je pars dans mes petites montées de lait délirantes et imagées, je reçois régulièrement des messages de gens qui me trouvent des airs de Jean-Luc Mongrain.
Ça me fait toujours rire. J’en suis très fière. J’ai souvent répondu que c’était vrai, que c’était mon inspiration.
Je pense que je suis une digne enfant des années 90 et donc aussi une héritière de ce que la télévision du temps a su nous offrir de meilleur.
Une époque où des personnalités fortes entraient dans nos maisons grâce aux téléviseurs et finissaient par laisser une trace sur tout le Québec au grand complet. Tout le monde connaît Monsieur Mongrain, un référent commun comme il s’en fait peu.
Bon voyage, monsieur Mongrain.
Merci à mes parents, qui avaient raison de ne pas changer de poste. texte ici

















